Allo docteur bobo

Je ne vais jamais chez le médecin, je croise les doigts mais je n’ai pas souvent l’occasion de m’y rendre, une fois par an pour refaire mon certificat médical.

Ce que je vais raconter ici n’a rien à voir avec le sport, je le raconte parce que j’avoue l’expérience a été un peu « traumatisante », sans doute parce que je n’ai pas l’habitude de fréquenter les cabinets médicaux.

Je ne suis pas féministe, je suis la première à vanter les mérites des courses mixtes, je n’ai jamais eu à subir les comportements sexistes ou machistes ou pires de certains hommes dont on parle beaucoup aujourd’hui…. sauf hier, chez le médecin, pour la première fois de ma vie, à 50 ans.

Je profite d’un problème administratif à régler pour me rendre chez le médecin. Je « souffre » depuis quelques temps de petits soucis digestifs, souffrir est un bien grand mot, mais à mon âge, je me dis qu’il serait bon de consulter quand même. Est-ce bien raisonnable ? J’ai mauvaise conscience, car mes problèmes ne me semblent pas graves, je ne vais quand même pas creuser le déficit de la sécu juste parce que de temps en temps je ne digère pas bien la pizza 4 fromages ? Bon allez j’y vais. Quel est votre médecin traitant ? ben j’en ai pas… arg je commence mal, la secrétaire me regarde de travers, mais quand je dis que je ne vais jamais chez le médecin, ce n’est pas une figure de style. Pas de médecin traitant, pff… vous irez chez le docteur X.

Parfait, je vais dans la salle d’attente, je manque de laisser passer mon tour, le docteur X connaissait visiblement le patient après moi, et avait envie sans doute de taper un petit brin de causette. Pas grave, ça tombe bien, je ne suis pas pressée. Il y a le dernier « Elle » sur la table, j’ai de la lecture.

Ah c’est à moi, le docteur X est accompagné de sa charmante étudiante en médecine, il m’accueille avachi sur son fauteuil (ce n’est pas de ma faute, sans doute trop de discipline sportive, à chaque fois que je vois quelqu’un avachi sur une chaise, j’ai envie de lui dire « tiens toi droit »). Et je commence à lui expliquer ce qui m’amène. Dommage ce n’est pas un rhume, case doliprane, ce n’est pas une angine, cas antibiotique, attention si c’est viral pas d’antibiotique. Ce n’est pas une gastro, case smecta (le truc immonde qui a traumatisé des générations entières).

Le docteur X fronce les sourcils. Zut, mon cas ne rentre pas dans une case, oh là là ce n’est pas bon signe. A partir de là, je vais subir un interrogatoire en règle, interrogatoire psychologique. Je reprécise que mon problème de base est digestif. Le docteur X a une tête à vous faire détester tous les psys de la terre (il n’est pas psy de base, mais là il a changé de casquette, rien que pour moi, quelle chance). Il me regarde enfoncé dans son fauteuil, ses petits yeux fixes derrière ses grosses lunettes, pourvu qu’il ne me branche pas sur le sujet du sport, je ne pense pas que ce soit sa tasse de thé.

J’essaie de le réorienter sur mes intestins, mais visiblement ça ne le passionne pas. Combien ai-je d’enfants, sont-ils toujours à la maison, sont-ils en bonne santé, comment ça se passe avec mon mari, que fait mon mari dans la vie, comment je me sens psychologiquement, comment je supporte ma nouvelle vie ? Je dors bien ?  ça va durer 10 mn. J’essaie de ne pas me départir de mon calme, je me vois déjà repartir du cabinet avec la camisole. Je me dis à un moment qu’il a dû lire le dernier bouquin à la mode écrit sur le sujet par une jeune médecin allemande où elle explique que tout vient de l’intestin, y compris notre joie de vivre, ou pas. Pourquoi n’y ai-je pas pensé avant de venir ? Dommage je ne l’ai pas lu sinon on aurait pu comparer nos impressions de lecture.

Le sujet fatidique arrive, « est ce que vous faites du sport »,

A ce moment là, je me liquéfie. Il fait 40 degrés dans le cabinet, c’est encore l’été sur la côte d’Azur. Je réfléchis à toute vitesse, c’est dingue mais la plupart des médecins détestent le sport. Le pauvre message de la sécurité sociale qui s’échine à faire comprendre qu’il faut bouger pour être en bonne santé ne trouve que très peu de relai auprès du corps médical. Je lui sors vaguement que je cours 4 fois par semaine, 1 heure à chaque fois. Là il ne dit plus rien, c’est sur je viens de gagner mon ticket pour une consultation chez le psy, le vrai pas lui. « je ne vais pas vous parler des méfaits du sport à haute dose sur l’organisme ? » Il est terrifiant le docteur X, vraiment. Non n’en faite rien, pour tout vous dire j’ai déjà essayé la cigarette (quand j’étais jeune, il y a prescription ), l’alcool (je suis plus Bordeaux que Bourgogne, et plus rouge que blanc, mais avec énormément de modération) et les substances illicites, type nutella, blanquette de veau ou fondant au chocolat, mais définitivement je préfère le sport. Ce qui ne m’empêche pas d’apprécier la blanquette de veau avec un petit verre de bordeaux (un tout petit verre de bordeaux, la blanquette c’est à volonté), sinon je bois de l’eau, tous les jours, et je suis moins fan du fondant au chocolat, je suis désolée, nobody’s perfect non ??

A ce moment là je me dis qu’il serait de bon ton que j’écourte le RV, je ne suis pas certaine qu’il apprécie mon humour à deux balles, je vais repartir du cabinet sans aucune réponse à mes questions, sans solution donc. Bon… mon problème n’était pas gravissime. Et j’ai résolu mon petit problème administratif.

Je suis ressortie folle de rage par contre. J’aurais eu besoin d’un petit footing (petit on est bien d’accord, ne pas dépasser la dose prescrite). La question que je me pose est simple.

Si un homme va chez le médecin parce qu’il souffre de simples problèmes digestifs, est-ce qu’on évoque d’emblée la dépression ? Est-ce qu’on le cuisine sur sa relation avec sa femme ou avec ses enfants ? Ou est-ce qu’on essaie de traiter son problème de façon professionnelle ? Je ne suis pas un homme, et mon mari ne va jamais chez le médecin, je n’ai pas la réponse.

C’est insultant à un double niveau. La dépression est une vraie maladie, ce docteur X. l’a rabaissée à un banal problème de santé de femme hystérique. Vous êtes une femme, votre corps est dirigé par ses « humeurs » (on n’est pas loin de Molière là). Petite parenthèse, hystérie et utérus ont la même étymologie. Pendant des siècles on a supposé que seules les femmes pouvaient être hystériques du fait qu’elles possédaient un utérus. C’était durant l’antiquité, le moyen âge aussi sans doute, on est juste au 21ème siècle, mais visiblement certaines idées perdurent.

Parce que je suis une femme, mes problèmes de santé sont donc forcément psychosomatiques ? Parce que j’ai 50 ans, j’ai forcément des problèmes de couple ? qui vont forcément attaquer mon pauvre mental défaillant de femme vieillissante ? Une petite saignée peut-être pour remettre tout ça en place ? On en est là encore au 21ème siècle ? C’est encore comme ça qu’on étudie la médecine ? Devoir subir une consultation médicale avec un médecin qui bombe le torse devant sa stagiaire, et qui essaie de ressortir les quelques heures de psycho qu’il a (mal) suivi durant ses années de médecine, ou le condensé de sa dernière lecture estivale ?

Pathétique.

Au bout des 10 mn il m’a quand même dit, qu’il était obligé d’évacuer toutes les possibilités, certes pourquoi pas ? Ouf la dépression est évacuée, encore 10 mn et je finissais par y croire, mais alors j’ai quoi ? On ne sait pas, oh la boulette, il a oublié de traiter le fond du problème ! Je repars en courant du cabinet, histoire d’être certaine qu’il ne me rattrape pas, quand même avec une petite ordonnance, je suis une éternelle optimiste, on va dire que je n’ai rien, ce sera plus simple.

Je ne suis pas stupide au point de mettre tous les médecins dans le même panier, mon précédent médecin en région parisienne (une femme) était formidable. Mais celui-là… que dire….

J’ai la chance d’être en bonne santé, la prochaine fois que je mettrais un orteil dans un cabinet médical, ce sera pour obtenir mon certificat pour faire l’UTMB, dans 6 mois. J’ai 6 mois pour trouver une signification à ces 4 lettres, parce que Ultra Trail, ça ne va pas être possible. Et un mot qui commence par U ce n’est pas facile à trouver.

Et j’ai intérêt à me construire un discours béton, genre je fais « un peu » de course à pied, et de temps en temps le dimanche je fais une « petite » sortie, « un peu » plus longue, mais type rando, rien de bien méchant.

Parce que si je me pointe en disant « j’ai besoin d’un certificat médical pour faire une course de 170 kms », et crapahuter 40 heures dans la nature, là c’est sûr, j’ai droit à la camisole !! Brice lui par contre, ça passera tout seul, je suis prête à lancer les paris.

 

Des coureurs… et des chiens…

Ca fait plus de trente ans que je cours en pleine nature, j’ai toujours couru seule en forêt et depuis toujours on me dit « mais tu es complètement folle de courir toute seule en pleine forêt ».

De temps en temps, je croise des animaux bizarres au loin, comme j’ai une mauvaise vue j’ai du mal à les identifier et tant mieux, mais je n’ai jamais fait la moindre mauvaise rencontre.

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Entrainement du 12 au 17 octobre

Dimanche : trail de Gorbio, 16 km, 900 mètres dénivelé+, 2h04

Mardi : 7 kms, 44 mn, footing lent de reprise après course

Jeudi : séance de côte, 15 minutes d’échauffement, 10 montées de côte durant 45 s,  15 mn de retour au calme, 7 km

Total : 30 kms

Prochain objectif : trail des Baous, le 2 novembre, 32 kms, 1600 mètres dénivelé+