Etre une femme de 50 ans

J’ai dépasse la cinquantaine il y a déjà quelques années, et depuis quelques temps Facebook and co m’envoient systématiquement des articles sur « comment s’habiller quand on a 50 ans », « peut-on encore faire du sport après 50 ans », « y a-t-il un risque à faire du sport après 50 ans », « avons-nous encore le droit de vivre après 50 ans ? » Non, celui-là je ne l’ai pas encore reçu 🙂

Serais-je en train, s’en m’en rendre compte, de franchir une étape bien plus difficile que l’étape à franchir pour passer des trails longs aux ultra trails ? J’erre en terrain miné….

Clairement pour moi rien n’a changé. Je continue à faire tout ce que je faisais auparavant, je dirais même que je me bonifie avec le temps (c’est une blague bien sûr), je prends moins de temps à récupérer d’un ultra par exemple 🙂

Mais par contre, le regard des autres (le fameux regard des autres, celui dont officiellement tout le monde se fiche n’est ce pas ? mais qui officieusement prend tellement de place… qui n’a pas son compte Instagram ?) change de façon subtile… ou non. Je ne suis pas sensible à ce genre de regard quand il s’agit de sport, je fais du sport depuis toujours, et à l’époque quand j’ai commencé la course (ça fait un peu dinosaure de parler comme ça !), c’était un monde d’hommes. Je me suis souvent fait traiter de « garçon manqué » durant mon enfance, ça ne m’a jamais touchée, j’ai eu des remarques bien plus blessantes de la part d’hommes sans doute vexés de franchir la ligne en même temps que moi, ça ne m’a jamais atteinte.

Alors je ne sais pas pourquoi, sans doute ai-je lu hier soir l’article de trop, le dernier d’une longue série, dans un torchon féminin « comment s’habiller après 50 ans ». Alors en gros et en résumé, ça donne ça :

La jupe pas trop courte parce que c’est vulgaire (surtout ne pas montrer ses genoux après 50 ans) mais pas trop long parce que c’est mémérisant. Surtout pas de leggings ! 

Petite parenthèse, si en sport on n’a droit ni au short ni au leggings, il va falloir être créative… je ne sais pas mais je vais trouver…

le petit top pas trop moulant parce qu’on n’a plus 20 ans, mais pas trop ample parce qu’on aura l’air d’un bibendum…

C’est un peu compliqué, il faudrait mettre des mètres à l’entrée des magasins comme chez Ikea pour qu’on puisse mesurer ce qu’on a le droit d’acheter ?

Trop de maquillage, c’est vulgaire à 50 ans, surtout pas de rouge à lèvres trop rouge ! Mais il en faut un peu quand même pour masquer toutes ces rides et ces cernes qu’on ne saurait voir !! Et si en prime on pouvait passer par la case Botox ce ne serait pas plus mal.

Voilà un petit florilège de ce que l’on trouve dans la presse féminine :

  • à 50 ans, la nature reprend ses droits et la silhouette se fait inévitablement un peu moins ferme. Il est parfois difficile de se faire à ces hanches plus larges qu’il y a 10 ans ou ce petit ventre naissant qu’on ne connaissait pas avant
  • Si vos bras peuvent manquer de fermeté, n’hésitez pas à opter pour des hauts manches 3/4
  • La raison esthétique est à invoquer ici. Ce n’est plus la chair ferme d’une jeune femme de 20 ans. La peau est plus marquée… et on protège cela
  • les genoux ne sont plus apparents

Il y a des femmes de 30 ou 40 qui ont des hanches larges, ou du ventre ou des gros bras ? Mais pas grave elles peuvent les montrer, à 50, on cache tout.

En résumé, tout ce qui est « autorisé » avant 50 ans se retrouvent soudainement proscrit. Et pourquoi ?

Pourquoi n’avons-nous plus le droit de montrer quoi que ce soit ? De quoi a-t-on peur avec les femmes de plus de 50 ans ? Des rides ? De la peau qui plisse ? De trop de bourrelets disgracieux ? Parce qu’à 30 ans les bourrelets sont pulpeux et 50 ans ils deviennent vulgaires ? Je ne sais pas, je n’ai pas la réponse.

Ce n’est pas bien grave, mais il y a quand même une légère injustice : bizarrement je n’ai jamais lu d’articles de recommandation de vêtement à usage des hommes de plus de 50 ans ?

Mais je n’incrimine pas les hommes en disant cela, car que je sache, ce sont rarement des hommes qui écrivent dans la presse féminine.

Compliqué tout ça, c’est compliqué. J’ai ma petite théorie sur la question, théorie absolument pas scientifique : à 50 ans on est au milieu, et le milieu c’est un peu un no man’s land. C’est plus tout jeune, mais pas encore complètement vieux, c’est inclassable, et les trucs qu’on ne peut pas classer, c’est encombrant et c’est pas pratique, on aimerait bien les planquer quelque part au grenier pour ne plus les voir.

Ca, ce n’est valable bien sûr que pour les femmes…

Par contre un homme c’est pas moche et ça ne vieillit pas

Un homme c’est comme le bon vin, ça se bonifie avec l’âge (à croire que nous les femmes on est plus proche du gros rouge vendu en cubi au supermarché ?). Quand on se fait draguer à 50 ans c’est par des « vieux de 70 ans »

Parce que un homme de 50 ans est dans la force de l’âge, physiquement attirant, mature, costaud, beau quoi ! Alors évidemment il ne regarde pas les femmes de 50 ans… qui elles sont…. comment dire…. plus sur le déclin sans doute ?

Donc quand un homme de 50 ans se sépare de sa femme, il se tourne vers des femmes de 15 ans de moins…. toute ressemblance avec des personnes de mon entourage ne pourrait être que fortuite.

Bon…. ce n’est pas bien grave, c’est énervant, on a parfois envie de recadrer ces messieurs, mais on s’abstient, parce que ce n’est pas de leur faute, hein ? C’est comme ça depuis la nuit des temps (ironie).

Et le sport dans tout ça ?

Alors le sport c’est compliqué. Sur les ultra, on est moins de 10 % de femmes, parfois un tout petit peu plus. Pourquoi ? Là encore je ne sais pas ?

Mais là encore, je dois bien admettre que les hommes n’y sont pour rien, on ne limite pas les places réservées aux femmes.

Au tennis les femmes jouent en 3 sets pas en 5 sets, pourquoi ? Je ne sais pas ? Elles sont laaaaargement capables de jouer en 5 sets.

Je n’ai jamais eu aucun problème à faire des courses avec des hommes. Jamais de comportements déplacés, des remarques énervantes parfois, Mais rien de méchant.

Mais certains clichés ont quand même la vie dure, et c’est là où l’âge refait son apparition. Et malheureusement ils sont aussi véhiculés par les femmes, ce qui est un comble !

Alors là, on va être clair, la vie ne s’arrête pas à la ménopause (j’ose à peine écrire le mot, c’est encore un peu tabou).

Et là…. mon dieu que les clichés sont tenaces, ils vous collent à la peau !!

Une femme de 50 ans, ça devient fragile et ça se fatigue vite

allez ma p’tite dame, courage ! là j’arrivais en haut d’une côte – je faisais une séance de côte donc j’en étais à ma 4ème – et arrivée sur le plat pendant les quelques secondes de récupération je me suis faite rattraper par 2 coureurs de 10 ans de plus que moi…. qui sans honte aucune, se sont permis quelques petits mots d’encouragement d’une telle condescendance… c’était pas méchant bien sûr, ce n’est jamais méchant,  mais tellement condescendant. Jamais, je ne me suis permis d’interpeler un coureur en lui disant « allez mon p’tit monsieur, courage c’est presque fini ». Que de mépris dans ce p’tit, mot réducteur en soi, mais comme on le réduit encore plus… !!

Il faut refaire ses preuves, on repart de zéro. Quand on te voit débarquer, tu as un double handicap, le 1er tu es une femme, donc forcément moins forte qu’un homme… Il faut être honnête, en sport c’est de moins en moins vrai, mais pour une certaine génération, c’est long de s’adapter au changement.

Le 2ème tu as plus de 50 ans, tu es mé-no-pau-sée !!! Autant dire que physiquement tu es un être di-mi-nué !! Ostéoporose, arthrose, et tous les trucs en « ose », à croire que l’on se met à fondre littéralement après 50 ans, les os fragiles, la masse osseuse qui diminue, la masse musculaire qui fond, mon dieu mais il reste quoi ?? et j’en oublie certainement ?

Quand tu es devant la ligne d’eau à la piscine (c’est du vécu), les plus jeunes s’empressent de passer devant pour ne pas être gênés, et toi tu attends patiemment et ensuite tu doubles, une fois, deux fois, trois fois, parce que tu as beau avoir 50 ans, ça fait 45 ans que tu nages…

Ce n’est pas grave, c’est évident, mais c’est comme les mauvaises blagues, ou les mauvais herbes qui repoussent tout le temps,  la répétition c’est toujours pénible, et ça ne va pas s’arranger.

Alors courage les jeunes, on fait encore des trucs bien passé 50 ans,

Parce que quand on bouge, quand on a toujours bougé, alors on continue à pouvoir bouger et rien ne change !

 

 

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