Val d’Aran by UTMB

En 2020, nous avions réussi à être tirés au sort pour participer à l’UTMB, et le covid est arrivé. Nous avons donc reporté notre participation à 2021, sauf que nous avions espéré pouvoir faire quelques courses préparatoires, c’était sans compter sur les confinements successifs.

Résultats, nous n’avons quasiment rien fait depuis les 130 kms de l’UTCAM en septembre 2020.

Un an sans course, avec un terrain d’entraînement tout plat, en Gironde. En 2021, nous devions participer au 100 kms de la transaubrac en avril, qui a été annulée.

Nous voila donc partis pour la PDA (Peades d’aigua, ce qui signifie empreintes d’eau) Val d’Aran en Espagne. 57 kms 3100 mètres de dénivelé.

Je n’ai pas pris le départ du 57 kms du Val d’Aran très sereine. Je traine depuis 3 mois une mauvaise tendinite du tendon d’Achille. Je ne cours plus depuis 4 semaines, je fais des séances de Kiné, sans toutefois noter une très forte amélioration. Je décide donc contre l’avis du Kiné de prendre le départ de la course.

Ce n’était pas forcément une bonne idée, je le savais, au final elle ne s’est pas avérée si mauvaise que cela non plus. Mais j’avais besoin de me rassurer à un mois de l’UTMB. C’est compliqué de prendre le départ d’une course de 170 kms en n’ayant fait aucune course depuis un an.

Je n’aime pas prendre le départ d’une course avec une blessure, c’est quelque chose que je ne fais jamais d’ailleurs. Tous les organisateurs de course insistent sur le fait, et ils ont mille fois raison, que lorsqu’on prend le départ d’un trail, on part du principe qu’on a les capacités physiques de le finir. Ce n’est pas toujours facile d’aller chercher les coureurs en perdition en montagne. Je suis donc partie extrêmement stressée, sans aucune certitude sur ma capacité physique à boucler cette course, ne sachant pas si mon tendon allait tenir, et le stress m’a sans doute fait commettre beaucoup d’erreurs.

Première erreur, énorme erreur, je suis partie avec des talonnettes dans mes chaussures pour amortir l’impact et essayer de préserver mon tendon gauche. Cette idée était stupide. Ca n’a rien changé pour mon tendon, mais par contre ça a dû créer un déséquilibre de la posture, et au bout de 15 kms j’avais le genou droit bloqué dans les descentes, aucune de mes deux jambes ne fonctionnaient donc de façon normale. Impossible de descendre, la douleur était vraiment insupportable, une douleur aiguë à chaque fois que je posais la jambe droite par terre, j’avais l’impression qu’on m’enfonçait des aiguilles dans le genou. Et surtout une douleur qui me verrouillait complément le genou, il ne se pliait plus.

Heureusement au bout de quelques kilomètres la douleur s’estompait un peu et je pouvais recourir à peu près normalement.

Je me suis très vite dit que la course allait être un tout petit peu compliquée pour moi. Mais je gardais quand même le moral.

Je suis partie sans bâton, pour tester. Généralement quand on dépasse les 50 kms je prends les bâtons. Je ne sais pas si c’est une erreur ou pas. La première montée de 1600 mètres de dénivelé était très technique, beaucoup de roches, de pierriers, il fallait souvent mettre les mains sur les rochers pour grimper, je me suis dit que c’était mieux sans bâton.

En direction de Colomers, droit dans les rochers

 

Mais dans la dernière montée en plein soleil, j’ai vraiment souffert. Les bâtons auraient été d’une aide précieuse. Difficile de trancher, mais je pense que j’aurais dû les prendre.

Et la chaleur ! Il a fait chaud en Espagne ce week end là. Et il s’est passé ce qui arrive à chaque fois quand il fait chaud. Au bout de 25/30 kms, je n’ai plus réussi à m’alimenter. Il n’y a rien à faire, à chaque fois c’est le même scénario. Plus rien ne passait, le sucre me donnait envie de vomir, le salé passait à peine mieux. Je n’arrivais plus à boire, la moindre vision d’une nourriture solide ou liquide me rendait malade.

Tout cela résume assez bien la spirale négative dans laquelle je me suis enfermée durant cette course. J’ai eu finalement un comportement assez déplorable, assez peu sportif, et la seule chose qui m’a sauvé, c’est que bizarrement je n’ai jamais perdu confiance en ma capacité à finir la course.

Parce que de façon totalement incompréhensible, le mental ne m’a jamais lâché. A aucun moment, je n’ai pensé abandonner même si je n’ai pas pris beaucoup de plaisir à faire cette course.

 

Départ du PDA

Et pourtant tout avait bien commencé. Une aire de départ très jolie, une station de ski des Pyrénées espagnoles. Une descente de 10 kms extrêmement roulante, le tendon va bien dans les descentes. On arrive au premier point de contrôle avec une heure d’avance, tout va bien. Je cours avec Brice qui a mal au dos, non mais quelle équipe :-), mais qui va quand même partir plus vite que moi dans la montée, je ne le rattraperai pas, ce qui n’est pas très surprenant vu la vitesse à laquelle j’ai fait la course.

Je me ravitaille normalement et j’amorce la montée. 1600 mètres de dénivelé d’un coup, c’est beaucoup. Dès les premiers mètres la tendinite me rappelle son existence. Dans les montées la pression est forte sur le tendon quand je déroule le pied. J’essaie de penser à autre chose, mais je focalise là dessus. C’est durant la première montée que je vais perdre le contrôle de ma course. Je vais aussi perdre beaucoup de temps, je « psychote » beaucoup, d’autant qu’il commence à faire chaud et je sais que la chaleur n’est pas mon amie en course, et encore moins celle de mes tendons. Je n’arrive pas à lutter contre le stress que me procure la chaleur en course. J’ai raté toutes mes courses où il faisait très chaud. Il n’y a pas d’arbres pour s’abriter, on arrive assez vite dans un secteur très rocheux, les Pyrénées c’est un peu comme le Mercantour, il ne faut surtout pas baisser la garde, veiller à chaque pas pour éviter les chutes.

Vers Colomers, un parcours technique et difficile

Mais mis à part le stress du tendon, ça se passe plutôt bien. Je n’ai pas un rythme hyper rapide, je manque d’entrainement c’est clair. Mais j’avance.

C’est en amorçant la descente que mon genou droit s’est bloqué pour la première fois. C’est aussi à ce moment là que je me suis dit que j’allais écouter un peu de musique pour me détendre. Je n’ai jamais pu connecter mes écouteurs au téléphone… et encore une erreur de plus, le matériel se teste toujours avant la course. J’ai bataillé pendant 10 minutes et j’ai fini par ranger les écouteurs, quand ça veut pas, ça veut pas.

On était en train de traverser la plus belle partie du parcours, une succession de lacs magnifiques, qui font partie du grand cirque de lacs glaciaires des Pyrénées, mais je ne crois pas avoir beaucoup profité du paysage.

J’ai quand même réussi à me botter les fesses une fois mon genou déverrouillé,  j’ai un peu perdu de mon avance sur la barrière au ravito du 40ème. Mais pas suffisamment pour entamer ma confiance à finir la course. J’arrivais à bien courir sur le plat et dans les descentes, une fois mon genou « déverrouillé ». Plutôt que de « psychoter » sur la chaleur et le tendon, j’aurais dû me dire que le musculairement tout fonctionnait plutôt bien, j’aurais dû positiver, mais si c’est si facile à dire après coup.

Je savais qu’il me restait les 2 montées les plus difficiles du parcours. En bleu foncé sur le petit dessin descriptif de la course. Ca veut dire que ça va monter très très raide.

Il a quand même fallu que je me pose un moment au ravito du 40ème kilomètre pour essayer d’envisager la suite de la course, essayer de visualiser un peu les 2 montées finales.

J’ai pris la seule décision intelligente de cette course, j’ai viré les talonnettes, et mystérieusement la douleur au genou a disparu dans les 2 dernières descentes, que j’ai pu faire en courant.

Je ne mangeais plus depuis des kilomètres, j’ai bu un verre de coca au 40ème, j’ai dû mettre 10 mn à le boire, petite gorgée par petite gorgée, j’ai pris deux bouchées d’un sandwich au jambon, que j’ai mis 15 mn à mastiquer. Je savais que sans boire et sans manger la suite n’allait pas être facile.

Ce qui est surprenant, et je ne me l’explique pas, c’est que je ne pensais toujours pas à l’abandon. Je poursuivais mon petit bonhomme de chemin, en ne cessant jamais d’espérer que par miracle, tout s’arrange. Il n’y pas eu de miracle.

Je suis donc repartie, en me trompant de sens d’ailleurs, heureusement qu’un bénévole m’a remise dans le droit chemin….

Cette montée, on va l’oublier, ça montait fort, raide et en plein soleil. Et à chaque fois qu’on arrivait en haut, c’était pour s’apercevoir que ce n’était pas fini et qu’on enchaînait sur un autre sommet, ça a duré des heures. Je ne pouvais pas manger mais j’essayais de boire des petites gorgées, j’essayais surtout de ne pas trop m’arrêter. Je n’étais pas toute seule, je courais avec beaucoup d’espagnols, tellement gentils et tellement bavards, la seule chose que je sais dire en espagnol c’est « no hablo espagnol », mais on arrivait toujours à se comprendre 🙂

Arrivée au ravitaillement en bas avant la dernière ascension, la bénévole était en train de verser du chocolat fondu au soleil sur un espèce de gâteau tout mou, c’est le moment où j’ai commencé à voir des étoiles, l’estomac complètement retourné, tout s’est mis à tourner autour de moi. Et je me suis dit « ne t’assois surtout pas, si tu t’assois, tu ne te relèveras pas ». Je suis restée debout en m’éloignant du ravitaillement, j’ai juste rechargé en eau. C’est bête, je m’apprêtais à me forcer à manger quelque chose avant d’attaquer la dernière montée !! Je suis repartie l’estomac vide, avec cette vision du chocolat fondu au soleil sur le gâteau mou, et avec un peu de coca dans mon verre, que j’ai jeté au bout de 10 mètres.

L’avantage de ne rien manger, c’est qu’on ne s’attarde pas aux ravitaillements….

En zoomant sur la photo, on voit qu’il faut remonter tout là haut là haut là haut, sous ce soleil qui tape tellement fort…. et ce qu’on ne voit pas sur la photo, c’est que derrière ce sommet, il y en a un autre, puis encore un autre, puis…..

Le dernier ravitaillement avant l’ultime montée

J’ai fait cette montée avec un petit groupe, dont un français qui essayait de me remonter le moral. Je ne me plaignais pas, je ne disais rien, mais je pense qu’on voyait que j’avais connu des jours meilleurs. Je n’avais plus d’énergie étant donné que j’avais passé des heures sans manger et sans boire, mais physiquement je ne pensais plus au tendon, je ne pensais plus au genou, j’étais plutôt pas mal bizarrement. Mon compagnon d’infortune du moment m’encourageait en me disant, « allez plus que 50 mètres est c’est la fin ». Sauf que ça ne marchait pas, parce que j’avais eu des heures pour comprendre que les miracles n’existaient pas, et qu’un autre sommet se cachait forcément derrière celui qu’on était en train de grimper, quatre sommets se sont cachés comme ça. Alors à chaque fois il me disait « bon ok mais je suis sûr que celui là c’est le dernier », au bout du 4ème il m’a dit « désolé, je me suis un peu trompé, mais regarde ce paysage, ça valait le coup non ? »

Franchement là sur le moment, je n’ai pas su quoi répondre…

Surtout qu’à ce moment là, le soleil avait enfin disparu et on était dans les nuages, limite brouillard 🙂 Est ce possible d’avoir autant la poisse que ça ? Avoir passé toute la journée sous le soleil pour finir la descente dans le brouillard ? 🙂

La course était sensée faire 55 kilomètres, en fait elle en faisait 57 kms, on n’est plus à deux près. La dernière descente était plutôt facile, j’ai couru tout du long.

Il y avait du monde sur la ligne d’arrivée, mon moment préféré de la course.

Je préfère ne pas tirer de conclusion hâtive, et considérer cette course comme un accident de parcours. J’étais insuffisamment préparée, stressée par ce tendon, je n’étais pas dans des bonnes conditions.

Je m’en suis voulue de m’être enfermée dans cette spirale négative. Je me suis laissée bouffer par le stress, et ça a altéré toute ma vision des choses.

Ce problème de tendon, puis de genou m’a rendu négative dès le départ, avec du recul (mais tout est tellement plus facile à postériori), je m’en veux terriblement.

A la question « pourquoi n’ai je pas abandonné », la réponse est simple je pense. Si on n’est pas capable de gérer le mal être sur 55 kms, comment le gérer sur 170 ? Parce qu’il y a forcément de gros moments de doute et de moins bien sur un ultra. Il faut impérativement passer outre, et dans ce cas là, la seule solution c’est un pied devant l’autre et on avance jusqu’à la prochaine étape. Et c’est finalement ce que j’ai fait durant les derniers 25/30 kms, un pied devant l’autre.

Je ne sais pas comment régler ce problème d’alimentation. Je pense qu’il n’y a rien à faire. Brice me dit toujours avec une certaine naïveté je trouve, qu’il faut se forcer à manger. Si un jour il a une gastro, je le lui rappellerai 🙂 parce que pour parler crument quand tu vomis tout ce que tu manges, que ton estomac se retourne à la seule vue d’un morceau de chocolat, ce n’est juste pas possible. Et le problème c’est que même l’eau ne passe pas. On peut à la limite sur des distances pas trop longues, ne pas manger, mais ne pas boire ce n’est pas possible.

Mais c’est incroyable parce que quelques minutes après avoir franchi la ligne d’arrivée, j’étais assez satisfaite de ma bien piètre performance, je me suis dit « finalement je l’ai fait », j’ai fait à peu près tout ce qu’il ne fallait pas faire, j’ai tout mal fait, mais je l’ai fait et je suis arrivée au bout.

Il faut quand même finir sur une touche positive. Le parcours était certes difficile, mais incroyablement magnifique, la montagne telle que je l’aime en temps normal. Je m’en veux de n’avoir pas su en profiter. Les espagnols sont tellement enthousiastes, souriants, ils étaient très largement majoritaires sur la course, et ça a été un plaisir de courir avec eux.

En rentrant, on s’est inscrit à une autre course qui a lieu dans 2 semaines, 30 kms, 2500 mètres de dénivelé, j’ai intérêt à mieux me préparer 🙂

L’UTMB approche….

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